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Pourquoi la fiction?

En préparant la demande de subvention pour le Conseil des Arts, nous avons réfléchi aux raisons de faire de Zeitgeist un projet de fiction plutôt qu’un projet documentaire. Car c’est une très bonne question: pourquoi la fiction?

C’est vrai que nous voulons explorer le monde et ses réalités pour en tirer nos idées de films. Nous voulons même aller sur le terrain, explorer les lieux, leur histoire, mais aussi et surtout rencontrer les gens qui les habitent, découvrir leur réalité, leurs points de vue. Alors pourquoi ne pas simplement en faire des sujets de films documentaires?


Je vais répondre ici pour moi, Anastasia a sûrement d’autres opinions là-dessus qu’elle pourra partager avec nous. Personnellement, ce que j‘aime de la fiction, c’est qu’elle permet d’explorer des intuitions à propos du monde sans avoir à démontrer ou à respecter des faits précis. Ça ne veut pas dire que la fiction doit mentir ou dire n’importe quoi. Au contraire. La fiction que j’aime est celle qui s’ancre dans le réel, celle qui est à la recherche d’une certaine vérité. Mais la fiction ne se targuera jamais de dire la vérité sur quoi que ce soit. Un récit de fiction, c’est éminemment subjectif. Et c’est là ça force. Il n’y a pas de malentendu possible, le public sait que le film n’est qu’une histoire, un point de vue, une construction.


Le documentaire, même d’auteur, même très personnel, est souvent traité par le public comme étant « vrai », comme présentant des « faits » des choses « réelles ». Et c’est très souvent un des objectifs des documentaristes: permettre au public de découvrir des réalités objectives en essayant de faire un film qui soit le plus fidèle possible à son sujet. J’adore ces films et je salue la rigueur et le travail de ceux et celles qui les font.


Pour un sujet aussi vaste et mouvant que le Zeitgeist, je préfère la fiction.


Le Zeitgeist lui-même est composé de millions de subjectivités humaines qui s’entrecroisent, s’entre-influencent et se métissent sans cesse. Mais de cet énorme mélange chaotique émerge quand même des idées communes ou débattues largement, des réalités partagées par un grand nombre et un genre de discours diffus mais global, qu’on peut appeler le Zeitgeist.


Les films que je souhaite faire dans ce projet, ce ne sont pas des films « constat » qui montrent un aspect de la vie moderne en l’étiquetant « Zeitgeist ». Je ne cherche pas à trouver et prouver ce qui fait ou ne fait pas partie du Zeitgeist. Je cherche simplement à mieux explorer et comprendre ce qui anime notre monde, de l’intérieur. J‘ai déjà des intuitions, bien sûr, mais je veux élargir ma compréhension des choses, aller au-delà de mes limites naturelles, avant de choisir les films à faire. Et c’est grâce à vous que ça sera possible, n’en doutez pas! Sans vous, je tourne en rond! :)


Je veux raconter les histoires du Zeitgeist. Et peut-être en faisant cela, toucher à une certaine « vérité ». Mais ça, ce sera au public de le dire.


Je vois déjà une femme dans le bus qui la mène de Pointe-aux-Trembles à la station Berri-UQÀM, violon en main, encerclée de gens sur leurs téléphones. Je sais qu’elle s’en va jouer dans le métro Place-des-Arts… Mais je ne sais pas encore quelle sera son histoire, ni même si elle sera choisie parmi les 5 films du cycle de Montréal.


Je vois aussi une autre femme, qui manifeste pour la planète, entourée de milliers de personnes, et qui se demande à quoi ça rime, si cette marche peut changer les choses, je vois une femme qui doute mais qui ne peut rester sans rien faire. Encore là, pas encore d’histoire ni de synopsis, juste un flashe. Une image. Une situation.


Nous allons poursuivre la tempête d’idées encore pour un moment, probablement jusqu’à la fin septembre, car nous avons besoin de continuer à enrichir la feuille d’idées et d’agrandir le groupe de gens impliqués de près ou de loin dans la discussion. Je veux voir émerger d’autres flashes, d’autres personnages, d’autres images qui nous semblent pertinentes ou liées d’une manière ou d’une autre à l’idée de l’esprit de notre siècle.


N’oubliez pas que vous pouvez aussi publier vos flashes et idées, dans le forum, complètement par vous mêmes. Ça aidera à garder les idées bien classées et faciles à consulter. Luc a démarré le bal avec une première contribution. Allez-voir ça!

La fiction est un outil puissant car elle peut aller droit au but, elle peut explorer l’expérience humaine directement, sans devoir se justifier ou s’expliquer. On dira que le documentaire peut le faire tout autant, c’est vrai. Mais pour ce projet, je préfère laisser l’intuition s’exprimer librement... et nous surprendre.


Qu’en pensez-vous?


5 commentaires

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5 Comments


lmimmijds
lmimmijds
Sep 11, 2021

on pourrait penser au Götterdämmerung opéra de Wagner

https://en.wikipedia.org/wiki/G%C3%B6tterd%C3%A4mmerung

en français 'Crépuscule des Dieux' .

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André Cotte
André Cotte
Aug 05, 2021

J'aime bien la distinction que tu fais entre fiction et documentaire. Je fais la même quand je lis de la science-fiction. Elle permet d'intuitionner le futur sans s'obliger à la rigueur de la démarche scientifique. C'est pourquoi les vieux auteurs de science-fiction restent pertinent.

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Jéricho
Jéricho
Sep 12, 2021
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Absolument d’accord!

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microstellae
microstellae
Aug 04, 2021

L'idée de faire un cercle de courts métrages connectés subtilement par un thème (ici l'air du temps) semble s'apparenter au concept de "Anthology series" en séries télé. Je pense notamment à la très belle série de Steve McQueen "Small axe" qui présente la vie et l'influence de la communauté carribéenne-antillaise de Londres des années 60 aux années 80. Les épisodes ne se ressemblent aucunement, mais c'est le thème communautaire qui rapproche les épisodes (qui sont vraiment des films autonomes et libres). Ça pourrait être une source d'inspiration qui sait ?

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Jéricho
Jéricho
Aug 04, 2021
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Merci beaucoup! Je vais regarder ça c’est clair. Steve McQueen est excellent, en plus. Je t’en reparle.

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